Au philosophe, Pierre Raymond : – « Quand un garçon qui enseignait à l’Ecole Normale Supérieure des garçons, rue d’Ulm, enseignait aussi à une fille, étudiante de CPGE, rue de la Pompe, à Paris ».

Foyer des lycéennes, rue du Docteur Blanche, Paris XVIe.

– C’était une époque formidable !

L’époque où il se murmurait que Louis Formeret (nom changé), un fils de grande famille, n’aimait que « les kartoffen, les patates et… Véronique » et où Véronique, moi-même, s’ennuyait beaucoup dans son foyer des lycéennes, situé rue du Docteur Blanche à Paris.

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https://www.lemonde.fr/talents-fr/article/2010/03/08/le-foyer-des-lyceennes-un-internat-taille-patronne_1315838_3504.html

Le Foyer des lycéennes, un internat taille patronne

Réservé aux filles, cet établissement d’exception accueille des élèves du monde entier et les prépare aux prestigieuses écoles parisiennes.

Par Julien Dupont

Publié le 08 mars 2010 à 10h43 – Mis à jour le 08 mars 2010 à 10h43

[ Le quartier est rassurant pour les parents. L’Ouest chic et bon teint, en plein coeur du 16e arrondissement parisien. C’est là, au coin de la rue du Docteur-Blanche, que se dresse un fleuron architectural accueillant la fine fleur des étudiantes. Les 490 pensionnaires du Foyer des lycéennes sont toutes inscrites dans les grandes classes préparatoires de la capitale.

Des demoiselles à peine majeures, qui sont appelées à suivre de brillantes études, puis à occuper des fonctions importantes. C’est d’ailleurs pour cette raison que ces jeunes filles sont prêtes à sacrifier deux ans de leur vie dans ce “bagne”, dixit madame la proviseure. Garçons interdits, ou presque. “Le bagne ? C’est exagéré, sourit Clémentine. Mais c’est vrai qu’à part les concours, nous ne pensons pas à grand-chose.” A 19 ans, cette petite brune venue de Rouen prépare les examens des écoles de commerce au lycée Henri-IV. Elle ne postule que dans les “parisiennes”, les business schools les plus réputées. Clémentine dort, mange, pleure, rit et surtout étudie dans ce grand bâtiment de verre et de pierre.

[…]]

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Mon univers s’étendait d’un mur gris à un autre mur gris.

L’horizon était fermé comme celui d’une prison.

Je m’en évadais quand j’allais au Lycée Janson de Sailly.

J’y retrouvais un sentiment de liberté entre garçons et filles, majoritairement des garçons à vrai dire. J’inclus les professeurs, tous des hommes, dans ce masculin pluriel dominant et dominateur. Les professeurs étaient exceptionnels et souvent enseignaient dans des instituts réputés ou des universités prestigieuses.

Je m’habillais comme un garçon en tentant de me fondre dans la masse vestimentaire non genrée. Mais, malheureusement, comme d’habitude, j’étais l’objet d’attentions diverses dont je me serais bien passée, devenant la « favorite » de la classe malgré moi. Je n’ai jamais su gérer cette « bienveillance » paternelle de nature incestueuse qui transforme un professeur ou un patron en protecteur exclusif et possessif. D’ailleurs je me souviens de ce professeur de lettres classiques nous enseignant le latin et le grec, un monsieur à l’air grave qui s’inquiétait toujours de mon bien-être en classe à ma grande honte.

Je me rappelle la fois où, les Normands ayant débarqué, je n’étais pas d’humeur à m’exhiber au tableau pour aller écrire quelques lignes en grec. Tout à coup, ce que je craignais, se produisit. Il me demanda de venir au tableau, après avoir questionné d’autres élèves. Je levai les yeux que je tenais souvent baissés pour me faire oublier et ne pas croiser son regard mais en vain. Je n’eus pas besoin de répondre ou de protester :

– « Ca ne va pas, Véronique, vous n’allez pas bien ?

Ce n’est pas grave, je ne veux pas vous obliger à venir au tableau.

Restez à votre place. Je vais choisir un autre élève.

– Louis, que penseriez-vous de remplacer Véronique qui est indisposée ? »

Et toute la classe de clamer haut et fort :

– « Louis, il n’aime que les kartoffen, les patates et… Véronique ! »

Et de scander encore :

– « Véronique a rougi ! Véronique a rougi. »

Amusé, le professeur interrompit le chahut :

– « Alors c’est normal que je choisisse Louis, n’est-ce pas Louis ?

Comportez-vous comme un « gentil homme » [inflexion ironique] et venez au secours de Véronique. »

Moi, je n’avais rien demandé, ni à Louis, ni à personne d’autre.

J’étais morte de honte, pétrifiée qu’ « il », ce professeur, ait pu deviner mon indisposition et en faire état publiquement, ce qui était un déshonneur inacceptable pour moi.

Les hommes sont très maladroits et si peu sages. Quand ils croient vous venir en aide, ils vous indisposent davantage, accentuant la gêne physique par un affront moral insupportable. En outre, quand ils sont attirés par une fille, tôt ou tard, ils dérapent sur un élément spécifiquement et physiologiquement féminin.

Mon rêve aurait été de passer inaperçue :

– « Oubliez-moi ! » aurait pu être mon mot d’ordre si j’avais pu donner des ordres au sexe opposé.

Les filles ne me pardonnaient pas d’être le centre d’intérêt presqu’exclusif de ces messieurs et les garçons m’en voulaient de les fuir, attirés par moi pour une raison que j‘ignore. Pourtant je camouflais ce corps de fille sous de longues et larges chemises à carreaux canadiennes, vous savez, ces chemises de trappeurs chaudes et enveloppantes qui vous font un corps de garçon.

– Enfin, je croyais !

Dès la fin des cours, je me sauvais et je m’effaçais de ce lieu idyllique intellectuellement, en maudissant les dieux de m’avoir donné un physique féminin.

J’aurais voulu être neutre, transparente, et pouvoir faire des études tranquillement comme les autres, filles ou garçons, en ayant pour seule exception d’attirance que celle de mon choix, le choix de mon coeur :

– « choisir plutôt qu’être choisie ».

Cependant j’avais une préférence pour un professeur, celui de philosophie. L’attirance était réciproque. Il s’appelait Pierre Raymond et enseignait aussi aux garçons de l’ENS, rue d’Ulm à Paris.

Nous nous retrouvions comme à un rendez-vous amoureux et le temps n’existait plus. Les autres étudiants étaient largués quand nous partions tous les deux vers d’autres horizons parfois de déraison, naviguant à vue sur les théories, lui, marxiste et matérialiste, moi, platonicienne et essentialiste.

Passionnés de philosophie, nous étions séparés du commun des mortels et, quand la sonnerie retentissait à la fin du cours, nous nous arrêtions, presque haletants, essoufflés de nous avoir tant disputé et peut-être tant aimé à la fois.

Pierre Raymond m’invita à son pot de l’amitié, celui qu’il organisait pour les garçons, chaque année, au 45, rue d’Ulm à l’ENS. J’étais la seule de la classe à avoir bénéficié de cette marque d‘estime.

Je me souviens d’y être allée avec une amie que j’aimais beaucoup et qui ne fut pas autorisée à rentrer à l’intérieur du bâtiment. Elle n’était pas invitée et il y avait une liste d’invités pour en attester. Donc je ne me suis jamais rendue à ce pot de l’amitié par solidarité féminine.

Je suis repartie avec mon choix à moi, une très jolie blonde aux longues jambes et aux yeux bleus de chatte persane. Elle, elle avait choisi l’hypokhâgne de Henri IV. Dans mon île, l’île de la Réunion, la conseillère d’orientation m’avait affirmé que c‘était Janson de Sailly, le meilleur lycée parisien pour les khâgneux, ce qui s’avéra être faux :

– c’était ou Louis le Grand ou H.IV surtout pour les Lettres classiques.

Lorsque j’ai revu Pierre Raymond en classe, j’ai compris combien je l’avais blessé par mon absence à son incapacité à faire correctement son cours. Les autres élèves me regardaient comme si j’avais commis un crime de lèse-majesté et que j’étais responsable de ce désastre pédagogique.

Un garçon me reprocha :

– « Alors il paraît que t’as posé un lapin au prof de philo ? »

C’était le deuxième prof de philo qui aurait pu devenir l’homme de ma vie.

Le premier m’avait demandé en mariage, un mariage blanc, parce que son physique me répugnait et qu’il avait plus de cinquante ans :

– la jeunesse est cruelle !

C’était mon professeur de philosophie en terminale. Il avait trois doctorats, docteur en médecine, docteur en sciences physiques et docteur en philosophie. Philanthrope, il avait fondé deux orphelinats, l’un à Madagascar, l’autre au Brésil d’où il était originaire. C’était un homme bienveillant, d’une modestie à toute épreuve, un esprit extraordinaire. Je ne l’ai compris qu’après, longtemps après.

Mon amie réunionnaise, une déesse indienne, aussi fine qu’une liane aux grands yeux sombres et à la chevelure fluide comme les cascades de mon île, mon choix à moi de l’époque, monnaya cet amour sans retour, en vendant à cet homme tourmenté par son désir de moi mon adresse métropolitaine contre un billet d’avion pour la France. Il lui présenta un journaliste de FR3 Auvergne en vacances et elle devint sa petite amie. Le journaliste s’envola avec « Emilie jolie » pour le septième ciel et la métropole, l‘emportant au paradis, du moins le paradis dont elle avait si souvent rêvé.

Ayant ma nouvelle adresse, ce philosophe qui n’avait peut-être jamais connu le feu de l’amour, s’y brûla, oubliant d’être philosophe. Il m’écrivit des lettres d’amour désespérées qui finirent de me convaincre qu’il n’aurait jamais tenu sa parole de ne pas me toucher, une fois mariés.

– Le mariage blanc ?

  • C’eût été une échappatoire idéale pour fuir les contingences sociales et mon milieu hostile.

Pour l’amour qui rime avec toujours, à part Dieu, je ne vois pas, même s’il arrive à Dieu de s’incarner en l’Homme, en un homme, il paraît…

Blagues et histoires drôles sur les maths

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