Pièce dramatique qui se joue dans une gibecière avec deux bécasses et une Bécassine : – Bibi enfant qui étais anti-chasse et qui fus surprise, la main presque prise dans la besace du pater familias !

Supprimez les pubs pour écouter l’humoriste, Nicole Ferroni, jusqu’au bout !
N’oubliez pas que l’enregistrement date du 3 juin 2020 pour constater que rien n’a changé.

C’est prémonitoire ou Nicole avait tout compris… ?

Correction personnelle :

– il ne s’agissait pas de bécasses mais de perdrix !

Mais, comme j’attache du prix aux rimes et aux assonances, je me permets quelques libertés situationnelles.

Ainsi, cette fable de l’enfance qui raconte néanmoins la réalité véritable du monde des adultes, commence comme elle se terminera,

  • par une correction paternelle!

C’était un dimanche et mon père rentrait de la chasse tard en soirée.

J’étais dans le couloir et je le voyais arriver tout content, content de ne pas être revenu bredouille.

Ma mère l’accueillait, toute fière de recueillir le produit de cette chasse dominicale :

– deux ou trois perdrix, je ne sais plus.

J’étais toute petite, deux ou trois ans, sachant à peine compter et n’y pensant même pas.

Mes parents s’éloignaient ensemble vers le salon, mon père laissant quelques instants sa gibecière accrochée au porte-manteau avec sa veste de chasse dans le vestibule de l’entrée.

Je savais que les oiseaux étaient cachés dans cette besace informe qui pendait tout en haut de la branche d’un perroquet en bois.

Une bosse difforme révélait l’endroit où les petits corps recroquevillés dormaient sagement.

Je me hissais sur la pointe des pieds et je tirais de toutes mes forces sur la gibecière.

Malheureusement, ma petite taille et mon faible poids ne suffisaient pas à faire tomber le fruit défendu.

– Oui, je l’ai déjà écrit, tant pis, quand il y a une bêtise à faire, je m’appelle Sophie et quand il y a un fruit défendu à prendre, je m’appelle Véronique digne fille d’Eve !

  • Sans doute à cause du sang russe qui coule dans mes veines, marque d’une ascendance guerrière peu ordinaire.

Comprenant malgré mon jeune âge que je n’y arriverais pas ainsi, je montais sur les pieds du perroquet en bois et j’ouvrais la poche de la besace pour en extraire les cadavres.

Aussitôt je me sauvai avec mon précieux butin serré contre mon coeur de petite fille.

Les deux ou trois oiseaux étaient encore chauds, tout engourdis, tombés du nid de la mort.

Je les avais récupérés tant bien que mal dans mes petites mains, plutôt mal que bien.

Puis j’allais les cacher pieusement dans ma chambre.

Avant de refermer la porte de ma table de chevet dans laquelle j’avais placé soigneusement les corps blessés des perdrix, allongés comme s’ils dormaient encore,

– car ils ne pouvaient que dormir !,

je dessinais un signe de croix mal assuré, ne me rappelant jamais s’il fallait d’abord signer du côté gauche ou du côté droit, et je demandais à Dieu de ressusciter les jolis oiseaux.

En effet, depuis que mes parents étaient revenus en France, je savais qu’il y avait un Dieu qui ressuscitait les morts.

Ce sont les bonnes mères de la garderie Sainte-Marie qui affirmaient aux enfants que Jésus ressuscite les morts.

  • Donc, pour moi, Jésus était devenu un héros, un peu comme Zorro.

Il suffisait d’avoir la foi et de croire.

C’est ainsi que, par l’odeur affolée, ma mère trouva enfin les perdrix que mon père cherchait depuis une semaine, cachées par moi dans ma table de chevet, une odeur de cadavre en décomposition qui empuantait notre demeure sans que personne ne soit arrivée à en déterminer la cause.

Non ressuscités, les oiseaux n’avaient pas pu s’envoler.

Par contre, moi, comme d’habitude, je me reçus une volée, et pas que de bois vert, de la part d’un pater fumax et même furax.

Entre deux hoquets de chagrin d‘enfant, sanglots étouffés par crainte, je tentais de me justifier :

– je voulais juste que les perdrix ressuscitent !

  • Où était le mal de vouloir réparer le meurtre commis par mon père qui avait tué ?

“Tu ne tueras point”, un point c’est tout.

Depuis que j’étais née, j’étais anti-chasse.

Animal bizarre d’une espèce rare que ma mère soupçonnait n’être pas d’une espèce humaine, je pensais tout à l’envers des valeurs habituelles de la tribu païenne qui se prétendait chrétienne.

Et moi, je trouvais les humains bizarres vivant dans un bazar de mensonges qu’ils imposaient à leurs enfants, eux qui ne croyaient pas ce en quoi ils clamaient croire :

– « Oui ou non, Dieu ressuscite-t-Il les morts ? »

Alors, pourquoi en faire toute une histoire si Dieu est prié de faire ce qu’Il sait faire de mieux,

  • ressusciter les morts ?

– Je vous le demande en vrai et pour de vrai !?

Je n’en ai pas voulu à Dieu.

J’ai conclu de cette affaire qu’il n’avait pas été laissé suffisamment de temps à Dieu pour ressusciter les perdrix blessées par mon chasseur de père et qui, d’un coup de fusil, les avait tuées en fait pour de vrai.

  • Si leur vie, à ces oiseaux, n’a pas de prix, c’est peut-être parce que le temps ne devait pas leur être compté ?

– Le temps ne compte pas dans l’éternité et il aurait fallu l’Eternité pour les ressusciter !

Depuis j’en suis sûre.

Donc, quinze jours après ou le mois suivant, je ne sais plus car les enfants n’ont pas la notion du temps, je réitérais.

Mon père avait à nouveau tué de beaux oiseaux.

Ce n’était pas des perdrix, cette fois-ci.

– Je ne sais plus à quelle espèce animale ces volatiles fragiles appartenaient.

Je savais seulement qu’ils étaient tout comme moi, comme brisés dans leur élan vers le ciel, privés du droit de prendre leur envol tout là-haut, très loin de cette terre de misère, abattus par des rastaquouères dans une guerre sans courage que ces oiseaux n’avaient jamais voulue,

  • juste parce qu’ils planaient au-dessus des frontières,
  • qu’ils n’étaient que de passage au-delà des nuages
  • et qu’ils partaient en voyage loin, très loin, très très loin de toutes ces cages qui enferment les humains dans des dressages de singes.

– L’expérience scientifique s‘est vite terminée !

Cette fois-ci, dès que mon père a constaté la disparition de ses trophées de chasse, ma mère a foncé dans ma chambre et a trouvé les oiseaux, non pas dans la table de chevet, mais cachés tout en bas, enfouis dans les chiffons de la penderie. Car j’étais trop petite pour être arrivée à hisser les petits corps tout en haut, au-dessus de l’armoire.

C’est pourquoi cet article se termine sur une correction finale,

  • la correction paternelle qui me marqua suffisamment dans la chair pour ne plus tenter de ressusciter les oiseaux du ciel.

Il devenait clair que les anges devaient retourner au ciel et que, pour pouvoir s’envoler à nouveau, ils devaient quitter leurs corps.

– Finalement mourir n’était pas le pire dans cette existence :

  • le pire, c’était de rater son départ !

Ce qui n’empêcha pas le petit animal que j’étais, sans mentir, de continuer à protester contre la chasse, en planquant les fusils de mon père dès qu’il les posait quelque part, à ma portée de vol à la tire, et en osant traiter de tous les noms d’oiseaux, à haute voix, le pater familias, les gros mots étant interdits dans le cercle familial,

  • quitte à me prendre un aller retour express plutôt que d’attendre une énième largesse traîtresse,
  • un jour de réconciliation tribale sans reddition totale !

Si vous lisez et relisez « Les Malheurs de Sophie » écrit par la Comtesse de Ségur, Sophie Rostopchine ou plutôt Sofia Fiodorovna Rostopchina, femme de lettres française d’origine russe, livre que ma propre mère adorait, vous retrouverez cette joyeuse ambiance où les bêtises de Sophie se terminaient toujours aussi de la même manière, par un châtiment corporel :

  • « qui aime bien châtie bien ! »

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